Les rêveries d'un promeneur en Bretagne

 

LE Mystére Saint Dourien

 

Comment ne pas ressentir l'émotion de ce lieu si étrange qu'il en est mystérieux ?

Le mystére de cette petite vallée perdue, prés de Lannion, commence il y a bien longtemps.

Au 6éme siécle, un moine irlandais du nom de Brendan 1 entreprit un voyage vers ce qu'il espérait être le paradis, ou à tout le moins le "pays merveilleux". Ce fut un long voyage avec une quinzaine de compagnons, et dont il ne revint que 7 ans plus tard.

A son retour en Irlande, un nouveau membre s'était joint au groupe. Ce personnage étrange, à la peau cuivrée et aux yeux légèrement bridés, avait été rencontrés par les moines dans le pays le plus lointain, à l'ouest dans la mer océane. 2

Séduit par ces êtres aussi inhabituels, il s'attacha à eux et décida de les suivre dans leur voyage de retour.

Il se disait être un Dwendat ou Dwoudat, les braves moines le baptisèrent "Doura". 3

Quelques années plus tard, le moine Guirec 4 en visite chez ses frères irlandais, rencontra Doura.

Ils sympathisèrent et Doura décida de suivre Guirec en petite bretagne.

Brendan 5 , qui avait vécu dans ce pays quelques années, lui parla avec émotion d'une petite vallée à l'embouchure du léguer. Arrivé en petite bretagne, Doura se rendit en ce lieu.
L'endroit lui plu, peut-être lui rappelait-il les paysages de sa jeunesse. Il s'y établi et vécu là, en ermite, jusqu'à sa mort.
Les gens du pays furent intrigués par cet ermite au faciès de hun 6 .
Il leur expliqua qu'il ne venait pas de l'est et de la terre, mais de l'ouest et de la mer, loin au-delà des eaux. Aussi fut_il connu dés lors par ceux-ci comme "Doubrogen" (i. e.: qui a l'eau pour élément), nom approprié à celui de son baptême.

Vers le 10éme siècle, ce terme évolua en "Doubrien" avant de devenir Dourien.

Sa tombe devint un lieu de culte local.
L'église qui entendait garder un strict contrôle de la religiosité populaire rebaptisa ce lieu d'un nom qui lui paraissait plus orthodoxe : Saint Thurien. C'était là un saint officiel, évêque de Dol au 7em siècle, dont on retrouve de nombreux sites qui lui sont consacrés en bretagne, sous le nom de Thurien, Thuriau ou Thuraual.
Mais les gens du pays restèrent attachés à Dourien, d'ou la double appellation.....

Il nous faut faire maintenant un saut dans le temps.

En 2002 le transport des cendres d'Alexandre Dumas au panthéon, donna l'occasion d'un regain de recherches sur cet auteur; quelques trouvailles ont été annoncé,dont une pièce inédite trouvée dans les archives de la BNF 7 .
Moins connu, a aussi été trouvé un carnet de voyage. En mauvais état, celui-ci n'a pas attiré l'intérêt. il concerne le voyage en Espagne de Dumas en 1846, et n'apporte rien au livre qu'il a publié en 1847 "De Paris à Cadix".

Mais une note griffonnée en bas de page et qui n'apparaît pas dans le récit publié, a retenu notre attention; note relatant les souvenirs qu'un vieux moine fit à Dumas lors d'un repas .
Voici la partie qui nous interresse : "...le vieux moine me dit aussi que dans sa jeunesse il avait séjourné à la Rabida 8 , ce superbe monastére qui, hélas n'est plus qu'une ruine désormais.

Là, les moines lui avaient transmis un récit qui depuis des siécles se répétait de bouches de fréres à oreilles de fréres.
Christophe Colomb, qui avait souvent séjourné à la Rabida, avait confié au fraï Juan Perez que ,de tout jeune, il avait été intéressé par les voyages lointains et extraordinaire et s'était particulièrement attaché à St. Brendan 9 .
Dans de vieux manuscrits, il avait retrouvé trace d'un étranger à l'aspect asiatique revenu avec Brendan d'un pays très loin à l'ouest de l'Irlande. Il avait même retracé avec précision l'endroit où, pensait-il celui-ci avait été enterré.
Lors d'un de ses voyages dans la Manche, profitant d'une escale en Bretagne Nord, il alla se recueillir sur ce lieu appelé Saint Dourien par les gens du pays 10 .
Tandis qu'il priait, soudainement, un homme en habit de moine, au visage cuivrée lui apparut et lui dit en latin "Je te donne pour mission de partir à l'ouest de la mer océane et de retrouver la terre de mes peuples", puis le fantôme s'évanouit dans l'air.

Cette vision, avoua-t-il à Juan Perez lui donnait la certitude d'une mission divine qu'il se devait d'accomplir. Voilà qui explique que le brave fraï Juan, en bon moine espagnol pour qui apparition vaut certificat d'authenticité , fut le plus fidèle et le plus farouche avocat de Colomb 11 ...",

La suite ne présente pas d'intéret pour notre sujet.
A rapprocher d'une ligne raturée dans le manuscrit original de la biographie de Colomb, écrite par son fils, Don Hernando : "Peu avant sa mort, mon père me dit que c'est une vision qu'il avait eu dans une petite chapelle bretonne qui avait décidé de son destin". Cette ligne soigneusement rayée n'a jamais été publiée.... 12

 

 

 

 

NOTES

1. (p. 1) Saint Brendan : 484-577, date généralement proposée pour son voyage aux alentours de 530.


2. (p. 1) En 1976, Tim Séverin à bord d'un curragh traditionel, partant du point d'embarquement de Brendan en Irlande, et se laissant pousser par les vents dominants, arriva à Terre-Neuve. En 1988 furents découverts dans le Connecticut des objets portant des inscriptions en latin et en ogham (langue traditionnelle celtique).


3. (p. 1) Le nord est de la région des grands lacs étaient peuplé des ancétres de la nation indienne connu aujourd'hui sous le nom de hurons. Ce nom de hurons leur a été donné par les marchands français. Eux même se désignaient comme le peuple des wendat, qui signifie "peuple des iles " ou "peuple des terres prés de l'eau". Doura en breton signifie abreuver.


4. (p. 1) Saint Guirec : moine d'origine galloise, meurt à Landerneau en 547. La plupart de ces personnages n'avaient rien du moine zen qui passe sa vie assis à regarder une pierre. Il ne cessaient de se déplacer, et ce d'autant plus facilement qu'alors de l'Irlande à notre région, la Manche était un "lac celtique"où ils se sentaient partout chez eux.


5. (p. 1) Saint Brendan avait éduqué le futur Saint Malo, il l'accompagna en (petite) Bretagne et y vécut quelques années.


6. (p. 2) Si les huns ne sont pas arrivés jusqu'en bretagne, leurs existence n'étaient pas inconnus des bretons. C'est d'ailleurs à l'occasion de la bataille des champs catalauniques en 451 qu'apparait pour la 1er fois dans les chroniques la mention du peuple breton(sous le nom de breton, et non pas d'armoricain), chroniques qui souligne son apport important à l'armée du patrice Aétius.


7. (p. 2) Un chercheur québéquois a trouver une piéce de théatre inédite intitulée "Les voleurs d'or" dans les archives de la BNF.


8. (p. 2) La Rabida était un important monastére situé à Huelva, prés du port de Palos d'ou Colomb partit pour son voyage de découvertes. A l'époque du voyage de Dumas, ce n'était plus qu'un batiment vide, en ruines suite aux guerres de libération. Il fut restauré à la fin du 19éme siécle, c'est aujourd'hui un musé consacré à Colomb.


9. (p. 3) Colomb était passionné de tout jeune par tous les récits de voyage. Parmi ses livres préférés sont le récit de Marco Polo et l'imago mundi de d'Aïlly. Il n'ignorait rien de Saint Brendan, et certaines de ses cartes qui ont été conservés font mention d'une ile de Saint Brendan dans l'ouest atlantique. Jusqu'au 18éme siécle, des navigateurs rechercheront cette île.


10. (p. 3) Colomb était un vrai marin. dans une de ses lettres au roi d'espagne, il dit avoir passé 40 ans de sa vie en mer. Des voyages qui ont précédé ceux d'exploration, peu est connu. On sait qu'il fit un voyage en 1474 qui, à travers la Manche l'a amené jusqu'en Islande. A part celà, comme tous les marins de son temps il a parcouru les mers connus de l'Afrique jusqu'en mer du Nord. La chapelle est celle qui fut construite au 15éme siécle, l'actuelle date du 18éme et a été reconstruite sur les ruines de la précédente.


11. (p. 3) Remarque pertinente de Dumas. Tous les historiens s'accordent à dire que sans l'appui matériel et politique des moines de la Rabida, Colomb n'aurait pu faire son expédition. Le frére Juan Perez était un personnage important, confident de la reine Isabelle. C'est lui, qui par un billet envoyé à la reine, alors que Colomb découragé s'apprétait à quitter l'Espagne a convaincu celle-ci d'autoriser l'expédition.
Etant donné le fanatisme religieux de la reine, peut-être ce billet contenait-il le récit de la vision de Colomb ?


12. (p. 3) Fernando, ou Hernando Colomb a été le premier biographe de son père.
A sa mort il a légué ses manuscrits et sa bibliothèque à la cathédrale de Séville ou ces documents constituent le fond des archives colombines.

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Ce récit a été conçu pour illustrer une randonnée pédestre organisée par l'Amicale Laîque de Trébeurden, randonnées qui ont lieu chaque année au mois de Mai. Pour s'informer : http://altreb.free.fr/

 

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